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Famille Eskenazi

Biography of Behor Eskenazi, Doudou Eskenazi and 5 more

Au no 4 rue d’Amiens à Rouen sont domiciliés Behor et Doudou Eskenazi et leurs six enfants.

Behor Eskenazi, né le 15 mars 1898 à Smyrne en Turquie, arrive à Paris en février 1924 et s’y installe avec Esther Larose, sa première épouse ou sa compagne, et sa fille aînée Eva née le 22 novembre 1923 à Smyrne ; il est d’abord manœuvre dans une entreprise puis redevient marchand ambulant comme il l’était en Turquie. Le 17 octobre 1927, divorcé ou veuf, il se remarie avec Doudou Malki, de nationalité turque, qui vit à Paris depuis le 3 janvier de la même année. Nissim, son premier fils, voit le jour le 16 juin 1928. En avril 1929 le couple se fixe à Rouen, où naissent quatre autres enfants qui deviennent Français comme Nissim, selon les souhaits de leurs parents et la requête de leur père auprès du juge de paix. En 1939, Behor et Doudou Eskenazi demandent la nationalité française qui leur est refusée et ajournée à trois ans. Il est toujours marchand ambulant en bonneterie dans le département de la Seine-Inférieure, profession qu’il ne peut plus exercer selon l’ordonnance du 26 avril 1941, qui lui interdit d’être en contact avec le public et donc d’être commerçant. Il est alors sans travail et donc sans ressources et la vie devient difficile.
Dans la nuit du 6 au 7 mai 1942 il est arrêté à son domicile par la police française, parce que d’origine juive, lors de la première rafle de 77 Juifs de sexe masculin âgés de 18 à 54 ans dans le « Grand Rouen » et à Elbeuf. Cette rafle est décidée, préparée depuis plusieurs mois par la section antijuive de la Gestapo de Paris, organisatrice de la déportation des Juifs de France, avec l’aide de l’antenne régionale de la Sipo-SD (1) installée à Rouen et l’accord du lieutenant-colonel SS Adolf Eichmann à Berlin, responsable de la déportation des Juifs dans l’Europe occupée. Behor Eskenazi est détenu pendant cinq jours à la maison d’arrêt de Rouen, secteur allemand, et le 12 mai il est transféré par le train de Paris de huit heures 37 à la gare Saint-Lazare ; un autobus parisien réquisitionné le conduit ensuite dans le camp de Drancy où il est interné en fin d’après-midi. Le 14 septembre 1942 il est déporté par le convoi no 32 dans le centre de mise à mort d’Auschwitz où il est assassiné.
Depuis que Doudou Eskenazi, née en 1900 à Constantinople en Turquie, vit à Rouen, elle n’est plus femme de ménage chez des particuliers mais s’occupe de la maison et des enfants, surtout les plus jeunes : les deux filles nées à Mont-Saint-Aignan, Rose le 22 janvier 1930, Allègre le 7 mars 1932 et les deux garçons nés à Rouen, Albert le 9 juillet 1935, Léon le 4 mars 1937. Après l’arrestation de son époux, elle peine à nourrir ses enfants et la famille vit dans l’indigence. Dans la nuit du 15 au 16 janvier 1943, Doudou Eskenazi est arrêtée avec ses quatre derniers enfants à son domicile par la police française, parce que d’origine juive, lors de la troisième rafle dans le « Grand Rouen » et à Elbeuf. Cette dernière est décidée, préparée et ordonnée par la section antijuive de la Gestapo de Paris, dont l’objectif est de « liquider le département de ses Juifs », avec l’accord d’Adolf Eichmann à Berlin et l’aide de la Sipo-SD de Rouen. Ils sont détenus quelques heures dans le centre d’internement de la rue Poisson (2), l’actuelle rue des Requis, puis transférés par le train de Paris Saint-Lazare de cinq heures 45 et un autobus parisien réquisitionné dans le camp de Drancy, où ils sont internés en fin d’après-midi. Nissim le fils aîné est arrêté précédemment par des Feldgendarmes à Évreux dans l’Eure, soit disant pour propos hostiles aux occupants et interné à Drancy parce qu’il est né juif. Le 11 février 1943, ils sont déportés tous les six par le convoi no 47 dans le centre de mise à mort d’Auschwitz où ils sont assassinés probablement à l’arrivée.

1) Sipo-SD = Sicherheitspolizei et Sicherheitsdienst : police de sûreté et service de sécurité (SS) ; la Sipo-SD est installée rue du Donjon, près de la Tour Jeanne d’Arc.
2) Le centre d’internement est aménagé dans une partie des locaux de l’actuel collège Fontenelle.

© Françoise Bottois

À l’emplacement de l’ancien 4 rue d’Amiens, 7 Stolpersteine ont été posées en septembre 2021 pour honorer la mémoire de Behor, Doudou, Nissim, Rose, Allègre, Albert et Léon Eskenazi.

Photos : © Archives départementales de Seine-Maritime.

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