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Famille Rechtchaft

Biography of Frejda, Hélène, Nelly and Elie Rechtchaft

Au 3 rue de la Motte à Rouen habitent Élie, Frejda RECHTCHAFT et leurs filles Hélène et Nelly

Élie Rechtchaft, d’origine polonaise, est né le 20 février 1902 à Luck en Pologne où il se marie avec Frejda Rechtman. Le couple arrive en France en 1926 et s’installe d’abord à Montpellier où leurs deux filles Hélène et Nelly naissent.
De 1931 à 1932, Élie est étudiant en sciences à Bordeaux où il est naturalisé français par le décret du 17 septembre 1931. Ses études terminées, il part travailler à Rouen comme ingénieur chimiste à la Compagnie bordelaise des produits chimiques et réside d’abord à Petit-Quevilly rue Léon Malétra avant d’emménager à Rouen, 3 rue de la Motte en avril 1941.
Lors de la 1ère rafle de 71 Juifs de sexe masculin âgés de 18 à 55 ans dans le « Grand Rouen » (1), Élie est arrêté à son domicile, parce que né juif, par la police française dans la nuit du 6 au 7 mai 1942, sur ordre de la section antijuive de la Gestapo de Paris en liaison permanente avec Adolf Eichmann, organisateur de la déportation des Juifs d’Europe et avec l’aide de la Sipo-SD régionale installée à Rouen rue du Donjon. Il est détenu à la maison d’arrêt Bonne Nouvelle secteur allemand jusqu’au 12 mai puis transféré, par le train de Paris-Saint-Lazare de 8 heures 37 et un autobus parisien réquisitionné, dans le camp de Drancy où il est interné dans la soirée. Le 22 juin 1942 il est déporté par le convoi no 3 dans le centre de mise à mort d’Auschwitz, où il est assassiné.
Frejda Rechtchaft, de nationalité polonaise, est née Rechtman, le 5 octobre 1908 à Luck en Pologne où elle se marie avec Élie. Frejda est étudiante en sciences comme son époux mais ne peut demander la naturalisation française par manque de moyens financiers et garde donc la nationalité polonaise. À Rouen, elle s’occupe de ses filles et de la maison.
Le 7 mai 1942, alors qu’Élie a été arrêté durant la nuit, elle est expulsée du département de la Seine-Inférieure par les autorités nazies, parce qu’étrangère et donc indésirable et est assignée à résidence forcée dans l’Oise (2). Elle laisse ses filles à Rouen afin qu’elles poursuivent leurs études, les confie à des voisins amis, Monsieur et Madame Gondé et le 30 mai 1942, elle s’installe seule à Creil. Elle y est arrêtée par la gendarmerie française le 20 juillet 1942, sur ordre des autorités nazies, est dirigée vers le centre de regroupement de Laon dans le département de l’Aisne puis internée dans le camp de Drancy. Le 23 septembre 1942 elle est déportée par le convoi no 36 dans le centre de mise à mort d’Auschwitz où elle est assassinée.
Hélène Rechtchaft, la fille aînée d’Élie et de Frejda Rechtchaft, née le 1er avril 1926 à Montpellier, est Française à la demande de ses parents. Elle est scolarisée au lycée Jeanne d’Arc, le lycée de filles situé boulevard de l’Yser, qui est réquisitionné par les occupants ; elle se rend l’après-midi au lycée Corneille, le lycée de garçons, qui accueille les lycéennes et où elle suit les cours de ses professeurs de Jeanne d’Arc (3). Malgré sa peine d’être séparée de sa famille et son anxiété, Hélène reste une élève brillante de première et termine l’année scolaire 1942 avec le prix d’excellence ; le jour de la distribution solennelle des prix, Hélène marquée de l’étoile jaune monte sur l’estrade où sont assises les personnalités afin de recevoir tous ses prix sous les applaudissements du public.
Lors de la troisième rafle décidée, préparée et ordonnée par la section antijuive de la Gestapo de Paris, dont l’objectif est « de liquider le département de tous ses Juifs », en liaison avec Adolf Eichmann à Berlin et avec l’aide de la Sipo-SD régionale installée rue du Donjon, elle est arrêtée par la police française, parce que née juive, au domicile de ses amis Monsieur et Madame Gondé. Elle est détenue quelques heures dans le centre d’internement rue Poisson (4) puis transférée, par le train de Paris-Saint-Lazare et un autobus parisien réquisitionné, dans le camp de Drancy où elle est internée. Le 13 février 1943, elle est déportée avec sa sœur Nelly par le convoi no 48 dans le centre de mise à mort d’Auschwitz où elle est assassinée.
Nelly Rechtchaft, la fille cadette d’Élie et de Frejda Rechtchaft, est née le 7 septembre 1929 à Montpellier et est Française à la demande de ses parents. Elle est scolarisée au lycée Jeanne d’Arc, situé boulevard de l’Yser et occupé par l’armée allemande ; chaque après-midi, elle se rend au lycée Corneille afin de suivre les cours de ses professeurs de Jeanne d’Arc et obtient d’excellents résultats malgré sa peine occasionnée par le « départ de ses parents ».
Elle est arrêtée au domicile de ses voisins par la police française, parce que née juive, dans la nuit du 15 au 16 janvier 1943, lors de la « Grande Rafle de tous les Juifs du département ». Après avoir été détenue quelques heures au centre d’internement de la rue Poisson, elle est transférée, par le train de Paris-Saint-Lazare et un autobus parisien réquisitionné, dans le camp de Drancy où elle est internée. Elle est déportée par le convoi no 48 du 13 février 1943 dans le centre de mise à mort d’Auschwitz où elle est assassinée.

1) Le « Grand Rouen » désigne la ville de Rouen entourée des 20 communes voisines.
2) Elle peut circuler librement dans le département de l’Oise mais ne peut revenir en Seine Inférieure ; elle dépend toujours des autorités nazies de la Kreiskommandantur 667 à Rouen qui ont son adresse.
3) Pendant l’occupation de Rouen, les garçons fréquentent le lycée Corneille le matin et les filles l’après-midi.
4) Le centre d’internement de la rue Poisson occupe une partie de l’actuel collège Fontenelle. La rue Poisson est appelée rue des Requis après la guerre.

© Françoise Bottois

Au 3 rue de la Motte / 2 avenue Jean Rondeaux, quatre Stolpersteine ont été posées en septembre 2021 pour honorer leur mémoire.

Photos : © Archives départementales de Seine-Maritime / Colette Rousselle.

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