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BERGER - HAUWER -HOËR

Biografie von Janka HAUWER -HOER épouse BERGER, Joseph BERGER und Emil BERGER

La famille Berger -Hauwer habitait d'octobre 1937 à l'été 1942 avenue de la Brasserie n°2 à Anderlecht, (une commune située en région bruxelloise).

"Mes grands- parents sont nés à la fin du 19ème siècle à Beregszaz, une petite ville qui était située en Province de Hongrie à cette époque.
Après la 1ère Guerre mondiale, cette région a été annexée à la Tchécoslovaquie et qui depuis 1945 appartient à l'Ukraine de l'Ouest. Cette ville s'appelle aujourd'hui "Beregovo" ou Berkovo.
Ma grand-mère Janka Hauwer-(Hoer) naquit le 16 août 1898 et mon grand-père Joseph Berger, le 1er mai 1896 tous deux dans une famille juive et ils se marièrent en décembre 1919.
Ils eurent 4 enfants : deux filles et deux fils : Emil né le 15 septembre 1920, Magdalena née le 17 juillet 1922, Lazlo n. en 1924 et Eva, ma mère, née le 3 juin 1926.
Mon grand -père était un artisan menuisier- ébeniste et ma grand-mère était femme au foyer.
Dans les années 30, les deux frères et la soeur de mon grand-père, décidèrent de quitter cette ville afin de s'installer en Belgique et encouragèrent mes grands -parents à les rejoindre, afin de donner un avenir à leur enfants.

Toute la famille arriva en octobre 1937 et s'installa dans l'immeuble déjà habité par les frères de mon grand-père et leurs épouses . Mes grands -parents et leurs enfants se sont inscrits à la commune d'Anderlecht et mon grand-père demanda rapidement un numéro de Registre de Commerce afin d'exercer son métier.
Les deux plus jeunes enfants fréquentaient une école proche de leur domicile. Notre mère nous expliquait qu'elle a dû rejoindre à son arrivée pendant plusieurs mois et pourtant âgée de 11 ans, la classe de 2ème primaire car elle ne connaissait pas le français.

Ensuite leur nouvelle vie commença dans ce nouveau pays, jusqu'à la déclaration de la Guerre et l'arrivée des Allemands en mai 1940. Comme beaucoup de Belges, ils craignaient avec raison cette guerre et certains prirent la route de l'exil. Une tante, un oncle et leurs deux fils décidèrent de partir en train et mon grand- père souhaita que ma grand-mère et la benjamine les rejoignent. Ma mère Eva, 14 ans, était la plus jeune de la famille.
Malheureusement, leur train fût bombardé en gare d'Arras le 18 mai 1940 par les Allemands, cette région était très dangereuse car les Anglais et Français essayaient de résister aux envahisseurs, il y eut énormément de tués (une centaine) et autant de blessés. Ma grand -mère Janka fût mortellement blessée et déclarée "disparue" pendant plusieurs années, car son corps n'a pas été identifié. Ma mère a été blessée grièvement à la tête par des éclats d'obus et s'est réveillée à l'hôpital d'Arras.
Par la suite, elle fût rapatriée par la Croix- Rouge à Anderlecht . Entre temps ma grand- mère a été enterrée dans une fosse commune au cimetière d'Arras.

En 1941, les Allemands obligèrent les Juifs à s'inscrire dans la Commune où ils étaient domiciliés sous peine de sanctions, mon grand-père le fit par crainte des représailles, comme beaucoup de Juifs dans la même situation. En Juin 1942, son fils ainé et lui furent convoqués pour le travail obligatoire.
Déprimé par la disparition de son épouse et mère de ses enfants, il obtempéra et ignorait évidemment leur destination.
Mais le piège se referma sur eux et ils furent envoyés comme travailleurs forcés ou plutôt "esclaves", sur le Mur de l'Atlantique ( à Sangate ), pour sa construction.
Ensuite, le 31 octobre 1942, les Allemands les obligèrent à monter dans un train classique de voyageurs dont la destination était soit- disant vers la Belgique, mais ce train avait pour première destination la gare de Malines, à proximité du Camp de rassemblement des Juifs de Belgique et du Nord de la France et ensuite vers Auschwitz.
Comme le quota de 10.000 Juifs à déporter n'avait pas été atteint, il fût décidé de renvoyer vers Malines ces hommes qui travaillaient comme esclaves pour la Société allemande Todt.
Ce soir-là, 1698 personnes juives dont 120 avaient moins de 16 ans, des enfants, femmes et hommes de tous les âges, les rejoignirent en camion afin de former les Convois 16 et 17 dont la destination était Auschwitz.. Certains prisonniers, venant de France réussiront, grâce à des outils cachés, à s'évader avant la frontière; mais ils furent très peu nombreux. Ce convoi fût le dernier de 1942, mais d'autres allaient suivre ..

La majorité arriveront à Auschwitz où une sélection fut organisée, les hommes et femmes sans enfants et valides ont été sélectionnés pour des camps annexes de travaux forcés, ce qui fût le cas de mon grand-père et de son fils ainé Emil.
Quant aux autres prisonniers, ils étaient conduits directement vers la chambre à gaz sans aucune pitié de leurs bourreaux. Ils ne survivront que quelques mois dans ces conditions de malnutrition, maladies, travaux pénibles etc.
Nous ignorons la date exacte du décès de mon grand -père (46 ans), peut-être gazé dès son arrivée, seule celle d'Emil, 22 ans, est plus précise vers le 15 décembre 1942 et connue grâce aux registres retrouvés dans le camp de Golleschau (Auschwitz)

Entre temps, les autres membres de la famille réussiront à se cacher dans le centre de Bruxelles et à Liège et ses environs. Le petit garçon André et cousin de ma mère, né en septembre 1937 fut caché dans une famille hongroise catholique du Nord de la France, sa petite soeur Georgy, née en 1941 fut cachée à Schaerbeek, séparément de leurs parents qui eux étaient cachés en région liégeoise.
Ma mère Eva a pu être cachée grâce à une adresse donnée par une propriétaire connue de son beau-frère, dans une famille de fermiers à proximité de Neufchâteau, Lecheret où elle aida aux tâches ménagères et aussi à certains travaux de la ferme.
La famille était composée de 4 petits garçons et leurs parents, et Eva, ma mère, y resta jusqu'à la fin de la Guerre.

Après celle-ci, elle rejoignit son frère et sa soeur rescapés, mais ni sa mère, ni son père et son frère ainé ne reviendront.
La vie reprit son cours et pendant un certain temps ma famille espéra retrouver les siens. Ma mère vécut chez sa soeur et son beau-frère et travailla dans la confection. Elle se maria en septembre 1952, fonda une grande famille et malheureusement décéda en mars 2004, suite à un accident, suivi d'une grave opération.

Voici en résumé leur parcours et afin qu'ils ne soient jamais oubliés, j'ai voulu leur rendre hommage et les réunir symboliquement par ces Pavés de mémoire ou Stolpersteine. Des pavés qui ne sont pas des tombes, mais sur lesquelles les passants peuvent s'arrêter et s'interroger sur ces personnes tuées à cause d'une idéologie mortifère, le Nazisme et l'antisémitisme qui sévit toujours dans le monde et qui tue encore de nos jours.
Je tenais à ce que des élèves du quartier participent à cette pose et inauguration, car il y avait des enfants juifs de tous âges dans cet immeuble et parce qu'il s'agit également d'un travail de transmission. Les rescapés de la Shoah disparaissant de plus en plus.
Cette pose qui eut lieu ce vendredi 9 juin 2023 a été organisée par l'Association pour la Mémoire de la Shoah."

C. Berger

Sources photos / AGR- CEGES- Kazerne Dossin à Malines- Famille Berger

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