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SUFIT-GROSMAN

Biografie von Abraham SUFIT, Richard SUFIT und Chaja GROSMAN

Au n°22 Rue Saint-Michel à Bruxelles habitait la famille Sufit- Grosman .

Abraham - Benjamin SUFIT était né à Varsovie le 15/05/1899, il émigra à Paris, ensuite à Bruxelles où il devint restaurateur.
Chaja Grosman, son épouse était née aussi à Varsovie le 23.01.1899 et exerçait le métier de cuisinière.
Ils se cachèrent mais furent arrêtés parce que juifs, le 16 septembre 1942, enfermés à la Caserne Dossin, ils ont été déportés par le XIème convoi vers Auschwitz. Et assassinés à une date inconnue.

Richard Sufit leur fils est né à Paris (France) le 16 septembre 1925. Il était âgé de 3 ans lorsque toute la famille s'installa à Bruxelles.
Expulsé de Belgique vers la France deux jours après l'occupation allemande, Il fait de la résistance et est arrêté fin avril 1944, il fut interné à Drancy (France) puis déporté vers Auschwitz-Birkenau le 30 juin 1944 par le 76ème convoi, matricule tatoué : A16866.

Il travaille à Buna-Monowitz, fait la marche de la mort vers Gleiwitz puis Buchenwald où il est finalement libéré par les Américains le 11 avril 1945.

http://marolles-jewishmemories.net/pavesdememoire/fr/

https://www.youtube.com/playlist?list=PL52oanyWqIvGq1HDrzNb44gCIZWuvpf-m

https://www.tracesofwar.nl/sights/77160/Stolpersteine-Rue-Saint-Michel-22.htm

TEMOIGNAGE de Richard SUFIT, rescapé:

"Je suis né à Paris de parents Polonais. Nous sommes arrivés en Belgique en 1928, à Bruxelles. Mes parents tenaient un restaurant juif. Nous étions une famille aisée. Nous parlions le Yiddish* à la maison, et aussi politique, car mon père était bundiste*.Je fréquentais des mouvements de Jeunesses socialistes non juifs, les Faucons rouges et je suivais mes études à l'Athénée Léon Lepage.

Le 10 mai 1940, la guerre a éclaté en Belgique. Le 12 mai, nous avons été convoqués au consulat de France pour recevoir un ordre d'évacuation. Le 14 mai, j'ai été évacué en tant que Français et envoyé vers Béziers, où les réfugiés étaient répartis dans les villages et logeaient chez l'habitant.

En septembre 1940, j'ai eu l'occasion de revenir en Belgique par un train réservé uniquement aux Français. Je suis retourné à l'école, j'ai poursuivi mes études et la vie a continué. En 1941 on a commencé à porter l'étoile. Cette étoile, des jours je la portais, des jours je ne la portais pas, cela dépendait un peu de mon humeur, de l'endroit où j'allais et avec qui j'étais. J'ai revu mes amis des Faucons rouges et des mouvements de Jeunesses socialistes et nous avons continué à nous réunir.

Il n'y a pas d'antisémitisme à l'école, du moins de manière active, excepté un de mes compagnons de classe qui était d'opinion nazie et qui d'ailleurs est devenu membre d'un mouvement de jeunesse de l'occupant. Par hasard, je m'étais lié d'amitié à ce compagnon de classe jusque presque fin 41, moment où il a commencé sérieusement à militer et nous nous sommes séparés. Il y a d'ailleurs eu de la bagarre un jour à l'école, et il s'est fait tabassé par mes compagnons parce qu'il m'avait oralement agressé.
J'ai été appelé ensuite chez le directeur, qui m'a demandé de m'absenter deux ou trois jours, parce qu'on ne savait pas la réaction que ce compagnon allait avoir. Il n'y a pas eu de réaction spéciale et je ne l'ai plus jamais revu. Il serait mort quelque part sur le front de l'est...

En juin 42, la décision a été prise de fermer le commerce lorsqu'on a du mettre ces fameuses petites affichettes "Entreprise juive". A cette époque, les arrestations avaient déjà commencé, des amis de papa étaient déjà passés à Breendonck et en étaient sortis. Ils ont raconté ce qui s'y passait et nous avons envisagé alors de quitter la maison. Ma soeur, âgée de douze ans, est retournée chez la nourrice où elle avait vécu jusqu'en 1940. Mes parents se sont séparés et ont été loger chacun de leur côté chez des amis. Quant à moi, en tant que Français, on m'a expédié en France, à Béziers, mes parents m'ont dit qu'ils me rejoindraient quelques mois plus tard.

J'ai quitté la Belgique à la fin du mois de juin, après les examens scolaires, suivant un cheminement assez facile : le train jusqu'à Lille, puis jusqu'à Paris et puis Béziers, avec un arrêt à la ligne de démarcation à Vierzon, entre la zone occupée et la zone libre. Jusqu'à Vierzon, je n'ai pas eu de problèmes, j'ai voyagé accompagné d'un ami de mon père. A Vierzon, il m'a abandonné et m'a laissé me débrouillé tout seul.

Je fus arrêté à Vierzon par la Gestapo pour un contrôle de papiers, où on m'a d'abord considéré comme juif, et puis plus ! - je n'ai pas un nom particulièrement juif - on à vérifié mes papiers, le contenu de mon sac. Il se trouve que j'étais justement habillé avec une culotte courte de velours, genre scout - Il faisait chaud - et je portais le ceinturon des Faucons rouges. Or, un faucon en fer, cela ressemble à un aigle et ça a trompé l'officier allemand. Je lui ai dit que c'était l'uniforme des mouvements de Jeunesse et il a pensé qu'un mouvement juif ne pouvait pas reprendre un aigle sur son ceinturon. D'autre part, j'avais des photos sur lesquelles il était écrit en allemand "A notre ami". C'était des photos de jeunes filles blondes en uniforme des Faucons rouges, mais de Suisse, et elles avaient signé de leur nom suisse-allemand : "Souvenirs de vacances". Alors l'officier m'a gentiment dit de remonter à Paris avec le premier train le lendemain matin et il m'a donné une adresse où on me donnerait un laisser-passer et qu'il n'y aurait pas de problèmes.

Vers minuit, j'ai été chez ce même allemand pour lui demander l'autorisation d'aller à l'hôtel pour dormir parce que j'étais fatigué. Il m'a donné un billet pour aller à l'hôtel mais en fait, ce que je voulais, c'était sortir de la gare ! Je me suis donc caché dans une pissotière en face de la gare et en face d'un bistrot, dans lequel je me suis précipité dès qu'il a ouvert, vers cinq heures. Là , un monsieur a tout de suite compris la situation : je ne devais pas être le premier, ni le dernier non plus. Il m'a donné un café, m'a demandé si je voulais aller de l'autre côté : "Oui ? Bon. Attendez."
J'avais quand même un peu peur. Un monsieur est arrivé, qui a pris mes bagages et les a portés à la gare en disant que je les récupérerais à la station suivante... Puis il est revenu avec une canne à pêche et nous sommes partis. Nous sommes sortis de la ville, on a longé les berges du Cher et on est vite arrivés en pleine campagne. Là, il a attendu qu'une patrouille d'allemands soit passée et il a dit : "Voilà, tu traverses. De l'autre côté c'est la France libre". Je me suis mis à l'eau, tout habillé, avec mon imperméable et mes godasses, moi qui ne savait presque pas nager. Je savais nager, mais j'avais peur de l'eau et je n'avais jamais été dans les grandes profondeurs. Le Cher était assez tumultueux parce qu'il y avait plu pendant trois jours, ce qui fait que le niveau était très haut et le courant rapide. Mais je me suis bien débrouillé et, depuis cette époque, je nage...

Arrivé de l'autre côté, j'ai marché jusqu'au village de Cheribibi où se trouve la gare qui doit suivre celle de Vierzon sur la route d'Orléans. Entre temps, je m'étais arrêté dans une belle prairie. Il faisait beau. Je me suis pratiquement mis à poil pour faire sécher mes vêtements au soleil, y compris mes papiers. J'allais probablement devoir montrer mes papiers et ça n'a pas tardé d'ailleurs. Une voiture s'est arrêtée et comme j'étais à poil, je me suis dit que ce n'étais pas la peine de foutre le camp.
C'était la police française. Ils m'ont demandé mes papiers, ils m'ont demandé où j'allais, j'ai dit que j'allais à Béziers et ils m'ont dit que quand j'arriverais à Béziers, je devais me faire refaire des papiers et ce fut tout ! Une fois mes vêtements secs, je me suis rhabillé et j'ai marché jusqu'à Cheribibi où j'ai attendu mes bagages à la gare, ensuite, j'ai pris un billet de chemin de fer jusqu'à Béziers.... "

suite https://www.jewishgen.org/ForgottenCamps/Witnesses/RichardFr.html

Trois pavés de mémoire ont été posés devant leur dernier domicile officiel le 29.10.2014 à la demande de la Fondation Auschwitz, une pose organisée par l'Association Pour la Mémoire de la Shoah.

Sources/Kazerne Dossin - AGR

C.B.

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